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Pulvérisation par drone : ce que les textes du 31 mai 2026 autorisent vraiment

📅 Publié le 11 juin 2026🔄 Mis à jour le 21 juillet 2026⏱ 3 min de lecture

C’est fait. Le décret et l’arrêté encadrant la pulvérisation de produits phytosanitaires par drone ont été publiés au Journal officiel le 31 mai 2026. Après des années d’expérimentations et un arrêté dérogatoire limité à trois départements viticoles le 10 mai, la France dispose d’un cadre pérenne. Reste à savoir ce qu’il permet concrètement. Réponse : moins qu’espéré par certains, plus que ce qu’autorisait le droit jusqu’ici.

Quelles cultures, quels produits

Le périmètre est précis. Sont éligibles les bananeraies, les vignes mères de porte-greffes conduites au sol et l’ensemble des cultures implantées sur des parcelles en pente, là où l’enjambeur ou le pulvérisateur porté exposent le chauffeur au risque de renversement.

Côté produits, trois familles seulement : biocontrôle, produits autorisés en agriculture biologique et produits classés à faible risque. Pas de phytos conventionnels, donc. Le texte reprend la logique de l’expérimentation menée depuis 2023 : le drone comme outil de réduction de l’exposition de l’opérateur, pas comme pulvérisateur volant généraliste.

Les conditions de vol, noir sur blanc

Les contraintes techniques sont serrées. Vitesse plafonnée à 18 km/h. Hauteur de vol limitée à 3 mètres au-dessus du couvert. Équipements de limitation de la dérive obligatoires. Et des zones non traitées spécifiques : 10 mètres minimum vis-à-vis des points d’eau, 20 mètres vis-à-vis des habitations, des lieux accueillant des personnes vulnérables et des postes de travail réguliers.

Ces paramètres font débat. Générations Futures reproche aux textes de s’écarter de l’avis rendu par l’Anses le 9 décembre 2025, notamment sur les distances de sécurité. Côté praticiens, la filière viticole réunie par l’UGVC le 4 juin salue l’outil mais juge certaines contraintes lourdes à mettre en oeuvre sur de petites parcelles pentues. Les deux critiques disent la même chose en miroir : le texte est un compromis.

Tracteur John Deere équipé d'un pulvérisateur porté en traitement dans une parcelle
Sur les parcelles mécanisables, le pulvérisateur au sol reste la référence : le drone vise d’abord les situations où il ne passe pas.

Et maintenant, pour les exploitations ?

Pour un viticulteur de coteaux ou un producteur de banane, la question devient économique. Un drone de pulvérisation homologué, sa formation télépilote et son assurance représentent un investissement que peu d’exploitations amortiront seules. Les scénarios crédibles passent par la prestation de service et par les structures collectives, comme ce fut le cas pour les premiers robots de désherbage.

Il faudra aussi suivre la jurisprudence des premiers contrôles : la frontière entre parcelle « en pente » éligible et parcelle ordinaire fera parler. Sur ce point, les textes renvoient à des critères que les services départementaux devront appliquer au cas par cas.

Le drone s’ajoute ainsi à une panoplie d’automatisation qui s’élargit vite, du guidage à la machine sans chauffeur : notre état des lieux du tracteur autonome en France complète le tableau. Et pour mesurer le chemin parcouru côté drones, relisez notre analyse de janvier sur le retard français face à l’essor mondial : quatre mois plus tard, une partie de ce retard réglementaire est comblée.

La pulvérisation par drone ne remplacera pas le pulvérisateur. Mais sur les parcelles où chaque passage d’enjambeur est un risque pris par un chauffeur, elle vient d’obtenir le droit d’exister. C’était la marche la plus dure à franchir.

(Sources : Journal officiel du 31 mai 2026 ; Helicomicro, 11 mai 2026 ; UGVC, 4 juin 2026)

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