Le marché français du tracteur agricole a connu en 2025 une année historiquement basse. Pour la première fois depuis la mise en place des statistiques AXEMA en 2010, les immatriculations de tracteurs standards sont passées sous la barre des 20 000 unités. Après un premier recul de 8,4 % en 2024, la chute s’est accélérée avec un plongeon de 18,5 % sur l’exercice 2025. Dans ce contexte de contraction sévère, le classement des constructeurs a été bouleversé. Si John Deere et Fendt conservent leurs deux premières places, Claas réalise une remontée spectaculaire tandis que Deutz-Fahr affiche la plus forte progression du marché. Retour complet sur les chiffres, les gagnants, les perdants et les tendances qui façonnent le paysage du tracteur en France.
Le marché français du tracteur en chiffres
Les données publiées par AXEMA, le syndicat des industriels de l’agroéquipement, dépeignent un marché en net repli. L’année 2025 restera gravée comme un point bas historique pour la filière du tracteur neuf en France.

Volume total d’immatriculations en 2025
Toutes catégories confondues (tracteurs standards, spécialisés et chargeurs télescopiques), il s’est immatriculé 33 446 véhicules agricoles neufs en France en 2025, soit le plus faible score depuis dix ans selon AXEMA. Ce chiffre traduit un recul de 14,6 % par rapport à 2024 et de près de 20 % sur deux ans.
Si l’on isole le segment des tracteurs standards de plus de 50 ch, la baisse est encore plus marquée : AXEMA recense 19 561 immatriculations en 2025, contre 23 976 en 2024, soit une chute de 18,5 %. Par rapport à l’année record de 2023 (26 183 unités), le recul atteint 25,3 % en seulement deux exercices.
Le segment des tracteurs vignes et vergers est encore plus touché, avec seulement 2 027 immatriculations, soit une baisse de 19,9 % après déjà −24,5 % en 2024. La filière viticole traverse une crise profonde qui se répercute directement sur les investissements en matériel.
Évolution sur les dernières années
| Année | Tracteurs standards (unités) | Évolution annuelle | Puissance moyenne |
|---|---|---|---|
| 2022 | 25 426 | +3,8 % | 161 ch |
| 2023 | 26 183 | +3,0 % | 163,5 ch |
| 2024 | 23 976 | −8,4 % | 168 ch |
| 2025 | 19 561 | −18,5 % | 166 ch |
La puissance moyenne du tracteur neuf immatriculé en France recule pour la première fois depuis 2017, passant de 168 ch en 2024 à 166 ch en 2025. Cette inversion de tendance reflète la prudence des acheteurs qui se tournent vers des modèles légèrement moins puissants, dans un contexte économique tendu.
Les causes de la baisse
Plusieurs facteurs expliquent cette chute historique :
- Conjoncture agricole dégradée : les prix de vente des récoltes sont restés bas tandis que les coûts du matériel ont fortement augmenté ces dernières années.
- Effet réglementaire : l’entrée en vigueur au 1er janvier 2025 de la réglementation européenne sur le freinage des véhicules agricoles a incité de nombreux agriculteurs à pré-immatriculer des tracteurs fin 2024, gonflant artificiellement les chiffres de 2024 au détriment de 2025.
- Hausse des prix du matériel : après des bonds de +7,4 % en 2022 et +7,3 % en 2023, les prix se sont stabilisés en 2024 (+0,1 %), mais les niveaux atteints freinent les investissements.
- Crise viticole : le segment vignes et vergers est en chute libre, avec un volume divisé par plus de deux en quatre ans.
Classement des constructeurs de tracteurs en France en 2025
Voici le classement complet des constructeurs sur le marché français, basé sur les données officielles AXEMA pour les tracteurs standards et les estimations Terre-net/SIV pour l’ensemble tracteurs standards et spécialisés confondus. Les deux jeux de données présentent de légères variations en raison de différences méthodologiques (inclusion ou non des tracteurs spécialisés).
Tracteurs standards (données AXEMA 2025)
| Rang | Marque | Part de marché 2025 | Évolution vs 2024 | PDM 2024 |
|---|---|---|---|---|
| 1 | John Deere | 23,4 % | +0,6 pt | 22,8 % |
| 2 | Fendt | 15,9 % | +0,3 pt | 15,6 % |
| 3 | New Holland | 13,1 % | −0,5 pt | 13,6 % |
| 4 | Claas | 12,0 % | +1,3 pt | 10,7 % |
| 5 | Massey Ferguson | 9,9 % | −0,9 pt | 10,8 % |
| 6 | Case IH | 7,5 % | −1,0 pt | 8,5 % |
| 7 | Valtra | 7,0 % | +0,3 pt | 6,7 % |
| 8 | Deutz-Fahr | 5,2 % | +0,7 pt | 4,5 % |
| 9 | Kubota | 3,4 % | −0,8 pt | 4,2 % |
| 10 | McCormick | 1,0 % | – | 1,0 % |
Source : données AXEMA relayées par Réussir Machinisme et La France Agricole (janvier 2026).
Tracteurs standards et spécialisés confondus (estimations Terre-net / SIV)
| Rang | Marque | Part de marché 2025 | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|---|
| 1 | John Deere | 21,4 % | +0,5 pt |
| 2 | Fendt | 16,3 % | +0,4 pt |
| 3 | New Holland | 13,4 % | −0,9 pt |
| 4 | Claas | 11,4 % | +1,1 pt |
| 5 | Massey Ferguson | 9,6 % | −0,9 pt |
| 6 | Case IH | 7,0 % | −1,3 pt |
| 7 | Valtra | 6,4 % | +0,2 pt |
| 8 | Deutz-Fahr | 6,2 % | +1,3 pt |
| 9 | Kubota | 3,6 % | −0,7 pt |
| 10 | McCormick | 1,2 % | – |
| 11 | Same | 1,1 % | – |
| 12 | Landini | 0,7 % | – |
| 13 | Antonio Carraro | 0,6 % | – |
| 14 | Lindner | 0,3 % | – |
| 15 | Lamborghini | 0,3 % | – |
Source : estimations Terre-net sur données SIV du ministère de l’Intérieur, relayées par Farm Connexion (janvier 2026). Les écarts avec les données AXEMA s’expliquent par l’inclusion des tracteurs spécialisés (vignes et vergers).
À elles trois, les marques John Deere, Fendt et New Holland cumulent 52,4 % des immatriculations de tracteurs standards en France en 2025, un chiffre stable par rapport à 2024 (52 %). La domination du trio de tête reste donc inébranlée, même dans un marché en forte contraction.
Les gagnants et les perdants de 2025
Les gagnants
Claas : la remontée la plus spectaculaire. Le constructeur allemand réalise la plus forte progression du marché en 2025 avec +1,3 point de part de marché sur les tracteurs standards. Claas repasse devant Massey Ferguson pour s’installer à la quatrième place du classement avec 12 % de taux de pénétration, franchissant pour la première fois la barre symbolique des 10 %. Le succès des gammes Arion et Axion, renouvelées récemment, explique en grande partie cette dynamique.
Deutz-Fahr : la percée de l’année. Avec +0,7 point sur les tracteurs standards (données AXEMA) et jusqu’à +1,4 point selon les estimations Terre-net toutes catégories confondues, le constructeur italien du groupe SDF réalise une année remarquable. La marque atteint 5,2 à 6,3 % de parts de marché selon les sources, portant le résultat d’une politique commerciale agressive et du renouvellement de ses gammes.
John Deere : toujours plus dominant. John Deere progresse encore de 0,6 point pour atteindre 23,4 % de part de marché en tracteurs standards. Le constructeur américain monte sur le podium dans 81 départements français et consolide son statut de leader incontestable. Dans le réseau des CUMA, sa domination est encore plus marquée avec 31 % de parts de marché.
Fendt : une deuxième place consolidée. Fendt progresse de 0,3 point à 15,9 % et creuse l’écart avec New Holland. La marque allemande du groupe AGCO est présente sur le podium dans 58 départements. Le succès de la transmission Vario et le renouvellement de la gamme 500 Gen4 portent ses résultats.
Les perdants
Case IH : le coup d’arrêt. Après plusieurs années de montée en puissance, Case IH subit un net recul en 2025 avec −1,0 point (données AXEMA) à −1,4 point (estimations Terre-net). La marque retombe à 7,0-7,5 % de parts de marché et voit Valtra se rapprocher dangereusement.
Massey Ferguson : le décrochage. Massey Ferguson perd 0,9 point et sa quatrième place au profit de Claas. Avec 9,9 % en tracteurs standards, la marque du groupe AGCO reste tout de même proche de la barre des 10 %, mais la tendance est défavorable.
New Holland : l’érosion continue. New Holland cède 0,5 point pour redescendre à 13,1 %. La marque bleue du groupe CNH conserve sa troisième place mais voit Fendt creuser l’écart (près de 3 points désormais). Après 16 % de parts de marché en 2022, la tendance est clairement baissière.
Kubota : le repli. Le constructeur japonais perd 0,8 point et tombe à 3,4 % du marché des tracteurs standards. Positionné sur le segment des petites et moyennes puissances, Kubota souffre particulièrement du repli général du marché dans ces tranches de chevaux.
Les tendances du marché 2025
Montée en puissance : un coup d’arrêt temporaire ?
La tendance haussière continue de la puissance moyenne, observée depuis des années, a connu en 2025 sa première inversion depuis 2017. La puissance moyenne du tracteur neuf immatriculé est redescendue à 166 ch, après avoir atteint 168 ch en 2024 et 163,5 ch en 2023.
Toutefois, cette baisse masque des réalités contrastantes. En 2024, le segment des tracteurs de plus de 300 ch avait enregistré la plus forte croissance en volume (+12,6 %) avec 1 168 unités, tandis que les catégories 100-149 ch (−12 %) et 150-199 ch (−15,1 %) reculaient nettement. En 2025, la baisse touche toutes les tranches de puissance sans exception, signe d’un marché globalement déprimé plutôt que d’un changement structurel.
Transmissions CVT : la généralisation
La transmission à variation continue (CVT) s’impose désormais comme un standard à tous les niveaux de gamme. En 2025, cette technologie n’est plus réservée aux tracteurs de forte puissance :
- Massey Ferguson a complété la gamme MF 5S avec une transmission Dyna-VT disponible dès 105 ch et proposé dix modèles de 75 à 145 ch équipés d’une CVT.
- Valtra propose la CVT sur les tracteurs de la série G (100 à 145 ch).
- New Holland a introduit la CVT Auto Command dans le segment étroit avec le T4.120F.
- Case IH a dévoilé ses nouveaux Optum de 360 à 435 ch avec la transmission CVXDrive à quatre gammes.
Cette démocratisation de la CVT répond à une demande croissante de confort, de productivité et de réduction de la consommation de carburant.
Agriculture de précision : l’équipement de série
L’agriculture de précision n’est plus une option, mais un équipement de série sur la plupart des tracteurs neufs. Les systèmes de guidage GPS ultra-précis (RTK, précision à 1,5 cm), les manœuvres automatiques en bout de champ, le contrôle de section et l’application à débit variable deviennent des fonctionnalités courantes. La compatibilité ISOBUS et la connectivité télématique en temps réel se généralisent également.
L’automatisation progresse vers des solutions de niveau 2. Kubota a dévoilé une version autonome de son M7004 KVT capable d’automatiser jusqu’à 80 % des travaux, tandis que Claas a introduit l’automatisation de niveau 2 grâce au système AgXeed VCU. Ces fonctionnalités représentent toutefois un surcoût significatif, estimé entre 10 000 et 30 000 € sur un tracteur moyen.
Premiers tracteurs électriques : du concept à la réalité
L’électrification des tracteurs franchit une étape décisive. Lors du salon Agritechnica 2025, plusieurs constructeurs ont présenté des modèles électriques concrets, dépassant le stade du simple prototype :
- John Deere E-Power : un tracteur 100 % batterie, modulaire, avec jusqu’à cinq packs interchangeables. Destiné aux vignobles, arboriculteurs et élevages, il vise une journée complète d’autonomie avec recharge nocturne.
- Fendt poursuit le développement de son e100 Vario et élargit sa réflexion vers les segments de puissance supérieure.
- Plusieurs pays européens proposent désormais des subventions et incitations fiscales pour l’adoption de matériel électrique.
Cependant, la part des tracteurs électriques dans les immatriculations françaises reste marginale en 2025. Les défis d’autonomie, de coût et d’infrastructure de recharge limitent encore leur adoption en grande culture. Le segment des tracteurs compacts, spécialisés et des espaces verts apparaît comme le terrain privilégié de cette transition énergétique.
Perspectives 2026 : vers une stabilisation ?
Après deux années de contraction sévère, le marché français du machinisme agricole pourrait amorcer un rebond en 2026. Selon les prévisions d’AXEMA, le marché global des agroéquipements devrait progresser de 7 % en valeur, passant de 7,8 milliards d’euros en 2025 à 8,3 milliards en 2026.
Plusieurs signaux encourageants étayent cet optimisme prudent :
- Reprise des commandes : après trois années de baisse (−11 % en 2022, −14 % en 2023, −13 % en 2024), les commandes reprennent doucement depuis fin 2024, une tendance qui se confirme début 2026.
- Stabilisation des prix : la hausse des prix du matériel devrait rester modérée (+1,5 % prévu en 2026), contre les bonds de +7 % observés en 2022-2023.
- Effet rattrapage : le parc de tracteurs a vieilli pendant deux ans de sous-investissement, créant un potentiel de renouvellement.
AXEMA reste toutefois prudent. Le syndicat qualifie 2026 d’année de redémarrage plutôt que de véritable reprise. Une croissance plus marquée n’est pas attendue avant 2027-2028, selon David Targuy, directeur des affaires économiques et internationales d’AXEMA.
La France reste le premier marché européen du tracteur et le troisième producteur européen d’agroéquipements, mais la crise a fragilisé le tissu industriel. AXEMA recense 15 procédures collectives dans la filière en 2024, un chiffre inédit pour un secteur habituellement résilient.
FAQ : parts de marché tracteurs France 2025
Quelle est la marque de tracteur la plus vendue en France en 2025 ?
John Deere reste le leader incontestable du marché français en 2025 avec 23,4 % de parts de marché sur les tracteurs standards (données AXEMA). Le constructeur américain progresse même de 0,6 point par rapport à 2024 et occupe le podium dans 81 départements français. Découvrez les prix des tracteurs John Deere.
Combien de tracteurs neufs ont été vendus en France en 2025 ?
Selon AXEMA, il s’est immatriculé 19 561 tracteurs standards neufs en France en 2025, un chiffre historiquement bas marquant une baisse de 18,5 % par rapport à 2024. Toutes catégories confondues (tracteurs standards, spécialisés et chargeurs télescopiques), le total atteint 33 446 unités, en recul de 14,6 %.
Quelles marques de tracteurs ont le plus progressé en 2025 ?
Sur le segment des tracteurs standards, les trois plus fortes progressions reviennent à Claas (+1,3 point), Deutz-Fahr (+0,7 point) et John Deere (+0,6 point). Sur l’ensemble tracteurs standards et spécialisés, Deutz-Fahr affiche la plus forte hausse (+1,3 point), suivi de Claas (+1,1 point).
Pourquoi les ventes de tracteurs baissent-elles en France ?
La chute des immatriculations en 2025 s’explique par plusieurs facteurs : une conjoncture agricole défavorable (récoltes décevantes, prix bas), la hausse des prix du matériel ces dernières années, l’effet de la réglementation freinage qui a anticipé des achats fin 2024, et la crise spécifique de la filière viticole. AXEMA anticipe toutefois un rebond modéré à partir de 2026.
Conclusion
L’année 2025 restera comme un millésime difficile pour le marché français du tracteur. Avec moins de 20 000 tracteurs standards immatriculés, la filière atteint un point bas historique. Le classement des constructeurs a néanmoins été riche en enseignements : la domination de John Deere se renforce, Fendt confirme sa deuxième place, et Claas réalise la remontée la plus impressionnante de l’année.
Les tendances technologiques restent porteuses : généralisation de la CVT, démocratisation de l’agriculture de précision et premiers pas concrets de l’électrification. Le rebond attendu en 2026 et 2027 devrait profiter en priorité aux constructeurs ayant investi dans ces innovations.
Pour comparer les prix des différentes marques et trouver le tracteur adapté à votre exploitation, consultez notre annuaire des concessionnaires ainsi que nos guides détaillés : prix tracteur John Deere, prix tracteur Fendt, prix tracteur New Holland, prix tracteur Massey Ferguson et prix tracteur Claas.
Sources des données : AXEMA (janvier 2026), estimations Terre-net sur données SIV du ministère de l’Intérieur, Réussir Machinisme, La France Agricole, Entraid, Farm Connexion, Pleinchamp.
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