L’enrubannage est la méthode de conservation des fourrages qui a changé la fenaison : là où le foin exige plusieurs jours de beau pour sécher, l’enrubannage permet de récolter et enrubanner une herbe encore humide, en préservant la valeur alimentaire des fourrages et en la conservant sous film plastique. Une réponse directe à la météo instable, à mi-chemin entre l’ensilage et le foin.
En bref
Qu’est-ce que l’enrubannage ? C’est une technique de conservation des fourrages par voie humide : après un préfanage court, l’herbe est pressée en balles rondes à un taux de matière sèche de 50 à 60 % (contre 85 % pour le foin), puis filmée sous plusieurs couches de film plastique étanche. Privée d’air, la matière subit des fermentations lactiques douces qui la stabilisent, comme un mini-silo individuel.
Comment fonctionne l’enrubannage

Tout repose sur l’absence d’oxygène. Une fois la balle formée, l’enrubanneuse la fait tourner et applique un film plastique étirable en plusieurs couches de film (4 à 6, voire plus) qui se recouvrent à 50 %. L’étanchéité obtenue prive les bactéries d’air et déclenche une fermentation lactique qui abaisse le pH et bloque la dégradation.
Le résultat : un fourrage enrubanné stable pendant des mois, une conservation optimale, à condition que le film reste intact. La moindre perforation laisse entrer l’air et ruine la balle localement.
Enrubannage, foin, ensilage : quelles différences
Les trois voies se distinguent par le taux de MS à la récolte :
- Le foin : séchage complet au champ, 85 % de MS, conservation à l’air. Exige plusieurs jours de beau et une fauche précoce.
- L’enrubannage : 50-60 % de MS, préfanage d’un jour ou deux, filmage. Le compromis souple : moins dépendant de la météo, transportable balle par balle.
- L’ensilage : moins de 40 % de MS, conservation en silo compacté. Réservé aux gros volumes, moins souple qu’une balle enrubannée.
L’enrubannage occupe la position idéale pour les élevages qui veulent une bonne conservation et une conservation efficace de leurs fourrages sans investir dans un silo, et récolter après la fauche même quand le beau fixe manque. Il s’insère dans la chaîne de fenaison juste après le pressage.
Un atout sur la valeur nutritive. Récolter plus humide, c’est récolter plus tôt, à un stade où l’herbe a une valeur plus nutritive, plus riche en protéines et moins fibreuse. Sur graminées jeunes comme sur légumineuses, la teneur en MS visée conditionne la qualité. Sur légumineuse (luzerne, trèfle), l’enrubannage limite aussi la perte des feuilles, très sensible au séchage prolongé du foin. À stade égal, une balle enrubannée conserve souvent une meilleure valeur qu’un foin séché dans de mauvaises conditions.
Réussir ses balles enrubannées
Trois points font la différence entre une balle qui se conserve et une qui moisit :
- Le bon taux de MS. Le taux d’humidité est la clé : trop humide (moins de 45 %), la fermentation dérape vers des jus et des odeurs, avec des pertes importantes ; trop sec, l’air résiduel dans la balle favorise les moisissures. La cible optimale est 50-60 %.
- Un nombre de couches suffisant. Quatre couches minimum, six sur fourrage humide ou pour un stockage longue durée. Chaque couche compte pour l’étanchéité.
- Un film intact. Manipuler les balles avec une pince adaptée, les stocker comme des bottes fragiles, à l’abri des rongeurs et des oiseaux qui percent le film. Une balle percée se dégrade en quelques jours.
Le film plastique est le maillon fragile. Toute l’économie de l’enrubannage tient à l’intégrité du film : perforation, mauvais stockage, manipulation brutale, et la balle est perdue. C’est aussi un poste de coût (le film) et de gestion des déchets plastiques à ne pas sous-estimer dans le calcul face au foin.
FAQ
Quel taux de matière sèche pour l’enrubannage ?
Entre 50 et 60 % de MS, obtenu par un préfanage d’un à deux jours après la fauche. En dessous de 45 %, la fermentation dérape ; trop sec, l’air résiduel favorise les moisissures.
Combien de couches de film pour une balle enrubannée ?
Quatre couches au minimum, six pour un fourrage plus humide ou un stockage longue durée. Le film se recouvre à 50 % à chaque tour de balle pour garantir l’étanchéité.
Enrubannage ou foin ?
L’enrubannage sécurise la récolte par météo instable et permet de récolter plus tôt (fourrage plus riche), au prix du film plastique. Le foin reste plus économique quand le beau fixe est assuré.
Combien de temps se conserve une balle enrubannée ?
Plusieurs mois, jusqu’à un an, tant que le film reste parfaitement intact. Une perforation laisse entrer l’air et dégrade le fourrage localement en quelques jours.
Ce qu’il faut retenir
L’enrubannage conserve un fourrage humide sous film étanche, en position idéale entre foin et ensilage : moins dépendant de la météo, plus riche car récolté plus tôt, pour un fourrage de qualité. C’est le levier n°1 pour limiter les pertes de valeur au séchage. Sa réussite tient à trois chiffres et un impératif : 50-60 % de MS, quatre à six couches de film, et un film qui ne doit jamais être percé.
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